Jour de Chasse à Champchevrier

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Jour de Chasse à Champchevrier

18.06.2013
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« En vénerie, ce sont les chiens qui chassent et l’homme qui aide, non l’inverse. Le veneur doit avant tout écouter ses chiens »

Jacques BIZARD


Nous sommes de retour à Champchevrier, accueillis par la plus ancien équipage d’Europe, et dans des bois où déjà Louis XI et Louis XIII chassaient régulièrement.

C’est en 1804 que l’équipage a été créé et en 1825 que le Prince de Condé a concédé au baron de Champchevrier la tenue ventre de biche à parements amarante. Sa première mission était la chasse aux loups très nombreux au début du XIXe siècle. Quand ils disparurent, ce furent les chevreuils puis les cerfs qui envahirent ces bois, endommageant les arbres.

Pendant de longues années, le maître d’équipage fut Jacques Bizard.

Une journée de chasse commence au petit jour. Vers 7 h30, les hommes ou « valets de limier » partent avec les chiens de meute habitués à cet exercice pour faire le bois. Ils y prennent connaissance des animaux.

Avec son chien, chaque homme va parcourir une partie de la forêt et repérer leurs lieux de passage. C’est « la quête ».

Deux heures plus tard, revenus au point de rendez-vous, ils font leur rapport au maitre d’équipage qui va décider de « la brisée ».

Il est 10 heures. « A cheval » ! s’écrit-il. Chacun se met en selle. Le maitre d’équipage prend la tête, suivi du piqueux, entouré des chiens qui se rendent en ordre à « la brisée » choisie. Les boutons se répartissent. Puis, le piqueux lève sa toque et incite les chiens à partir « à la voie ». Ceux-ci le dépassent, se récrient joyeusement et s’élancent rapidement dans les sous-bois.

Les cavaliers attendent, espèrent, les chevaux piaffent, s’impatientent, puis l’animal est « lancé » par les chiens, c’est l’excitation, tout s‘accélère !

Pendant cinq ou six heures, dans une forêt le plus souvent magnifique, douce et colorée en automne, en hiver sous la neige ou dans le froid glacial, hommes et chevaux, participent à l’enthousiasme général …

Le cerf est rusé, rapide, les chiens passionnés. Les plus fins de nez connaissent leur animal de chasse et ne se laissent pas dévier. Habitués à vivre en groupe et élevé en meute, ils obéissent à leur nom et à la voix de leur maître, les plus anciens éduquant les plus jeunes.

Lorsque l’on écoute les plus grands maitres d’équipage interrogés par Hervé d’Andigné dans son ouvrage « Voix dans voies », on comprend que « la vènerie, c’est la science du chien ».

Tout commence, dit celui-ci, par le choix de la race, l’élevage, l’observation du comportement pour repérer et les qualités de chaque chien.

Jacques Bizard, qui a passé aujourd’hui le flambeau à son neveu Christophe, fut un maitre d’équipage exceptionnel. Respecté par tous, il a une connaissance rare de la forêt et du chien.

Ainsi, nous dit-il,

« Je laissais avant tout mes chiens chasser. Je suivais avec attention le déroulement des opérations, mais je les laissais faire, tout en veillant à ce qu’ils soient bien ameutés. J’ai eu dans ma vie deux chiens exceptionnels, un chien et une chienne, Javelot et Pénélope. Javelot était capable de prendre un cerf à lui tout seul. Il avait un train d’enfer. Nous devions l’arrêter jusqu’à une dizaine de fois par chasse pour qu’il attende les autres chiens. Il avait une grande intelligence. Combien de fois, arrivant à un étang en cours de chasse, me suis-je interrogé pour savoir si j’allais faire mes retours à gauche ou à droite. Eh bien, si Javelot prenait le côté opposé au mien, c’était lui qui à chaque fois avait raison. Pénélope était également une chienne d’exception. Elle avait surtout une gorge très caractéristique et était d’une sureté remarquable dans le change. Un exemple : après une belle chasse sur un grand daguet, nous tombâmes en défaut et cela se prolongea. Nous avions tout essayé, impossible de retrouver notre animal. En désespoir de cause, je repassai avec les chiens à l’endroit où ils avaient mis bas. J’entendis alors, à trois cent mètres, la voix de Pénélope. Aussitôt, je sonnai « Le relancer à vue ». Tout le monde me regarda, interloqué, ne comprenant pas que je puisse sonner cette fanfare sans avoir vu quoi que ce soit. Mais je connaissais tellement ma chienne que je savais qu’elle avait relancé son cerf. Vingt minutes plus tard, nous sonnions l’Hallali ».

La chasse à courre est un sport mais c’est surtout une passion. La forêt, les chiens, les chevaux, les matinées de grand froid, les retours à la nuit tombante, les discussions sans fin près de la cheminée, les magnifiques diners organisés par Béatrice et Pierre Bizard pour la Saint Hubert, tout est magique, des souvenirs merveilleux dans une nature éblouissante.

 

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