Un peu d’histoire…

En val de Loire, au coeur d’un site boisé, se trouve le château de Champchevrier, habité par la même famille depuis le début du XVIIIe siècle.

Sur les fondations d’une ancienne forteresse, la famille de Daillon a construit, au XVIe siècle un élégant logis Renaissance. Cent ans plus tard, est adjoint à ce logis un château de style classique, avec sa terrasse bordée de balustrades ouvrant sur un parc et des douves en eau.

Le domaine est acheté par Jean-Baptiste de la Rue du Can, qui par lettres patentes du Roi Louis XV devient Baron de Champchevrier. Les propriétaires actuels en sont les descendants directs.

Il est traditionnel qu’un château comme Champchevrier héberge des hôtes de marque au premier rang desquels le roi qui a ici son appartement. C’est Louis XIII qui est venu le premier inaugurer « la chambre royale » et c’est François de Daillon, gouverneur du frère du roi, qui l’accueille. C’est certainement le seul château où un roi a « dormi sur la paille ». Les archives de son médecin personnel en font foi. Elles nous apprennent que le roi est arrivé à six heures et demi, a regardé l’étang, a dîné et, « ne pouvant dormir sur un matelas de satin , a fait quérir de la paille fraîche, se met en chemise de dessus et s’endort jusqu’à trois heures et quart. Levé, vêtu, goûté…il prend son arquebuse, va à la basse cour et s’en va tirer des pigeons… » Il n’avait que 18 ans.

Aujourd’hui cette chambre est décorée d’un mobilier Louis XVI dont l’histoire est également originale. Les archives nous racontent qu’en 1787 et 1788 la baronne de Champchevrier et ses deux filles décident de développer la culture du mûrier et l’élevage du ver à soie. Elles récoltent 580 cocons, qu’elles confient à une manufacture de Tour. Celle-ci tisse la soierie et la châtelaine pourra ainsi recouvrir le lit et son baldaquin et tout les fauteuils d’une ravissante soie framboise.

Dans la salle-à-manger actuelle, ou «salle des portraits », le sol est en marbre d’Italie, et les boiseries Louis XV d’un jaune très pâle sont ornées de chinoiseries, animaux exotiques, singes, perroquets et fruits, dans les tons sépia. Une petite porte cachée dans la boiserie ouvre sur le vieux monte-charge qui fonctionne encore de nos jours.

Au fond de la pièce se trouve un grand poêle en céramique datant de 1780, dont le conduit est en forme de canon de marine orné de dauphins et de boulets rattachés par des chaines. Fabriqué par les poêliers du roi, Il était à l’origine une commande royale pour le château de Richelieu et reste une pièce unique.

Dans les deux grands salons, on peut admirer un très beau mobilier d’époque Régence, et un ensemble de tapisseries exceptionnelles : la suite des « Amours des Dieux » et la suite du « Voyage d’Ulysse », d’après des cartons de Simon Vouet, et une autre suite de tapisserie de Beauvais représentant des verdures.

Attirée comme toujours par les greniers et par l’empreinte du temps et des générations successives, je suis montée dans les combles, et là c’est le bonheur pour une amoureuses des souvenirs ; Des dizaines de petites chambres se suivent et un immense couloir qui traverse toute la demeure. J’ouvre toutes les armoires et les malles qui regorgent de rouleaux de papier peint et de tissus du XVIIIe et du XIXe siècle : anciens rideaux des salons, linons blancs brodés, galons, franges, soies.

Dans d’autres malles et dans les placards, des boîtes de cols cassés, de plastrons amidonnés, de livrées, et encore plus précieux -des gilets d’époque Louis XVI en soie et des redingotes pourpres brodés d’or. Dans la lingerie, les draps et les serviettes brodés au chiffre de la famille de Béatrice.

Béatrice Bizard avait 25 ans lorsqu’elle est arrivée à Champchevrier. Sa belle mère était, bien sûr, la maîtresse de maison et gérait le domaine avec son fils Jacques. Petit à petit, elle a apprivoisé la grande maison dont elle a fait un point d’ancrage pour les enfants et leurs cousins. En 1995, un grand tournant a été amorcé avec lorsque Pierre et Béatrice on décider d’ouvrir le château au public durant les trois mois d’été, tout en gardant une partie privée.

Et c’est avec enthousiasme qu’ils ont organisé cette nouvelle vie.